L'émission

23 Avr 2019

Emission no21

Action Cop21 chez Babylone - lettre à Joël Bruneau, artisan des pertes de libertés.

01:00:42

Dans ce numéro sont présent
Claude et Rose revenus d’une action non-violente à Paris- Quartier de la défense.
au téléphone Pierre nous raconte ses « misères » avec la justice?

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Lettre à Joël Bruneau, Maire de la ville de Caen et artisan des pertes de libertés.

« La douleur m’a brisée, la fraternité m’a relevée, de ma blessure a jaillit un fleuve de liberté. »

Cette citation est inscrite, gravée dans la pierre, au fronton du Mémorial pour la paix de Caen.

On doit cette sentence à un illustre poète Caennais, Paul Dorey, dont l’histoire de la littérature ne dit rien de plus. Ce fameux Paul Dorey n’existe peut-être que dans l’imagination fertile d’un service marketing. A l’image de ces deux personnages typiquement ruraux qui ornent les boites de camembert le « bon Mayennais ».

Peu importe, la phrase est belle. Comme dirait l’autre : « ça claque ». Et au diable que l’œuvre connue du poète Paul Dorey se résume en 93 signes, le principal étant que chaque visiteur pénétrant au sein du temple pour la paix, puisse être touché par la haute vertu morale que vante une si juste phrase.

Espérons seulement que perdu dans son I-phone, le touriste contemporain soit encore en mesure de la lire.

Oublions les polémiques grammaticales et orthographiques qui s’abattirent naguère sur l’accord discutable des participes passés gravés pour l’éternité sur la façade du prestigieux édifice.

Trêve de pinaillage, monsieur Joël Bruneau, Maire de Caen, la paternité du Mémorial ne vous revient nullement, pas plus que les accords du participe passé en revanche, j’eusse aimé que cette digne locution prenne l’écho qu’elle mérite dans votre esprit de gestionnaire normal et normé.

Ce samedi 20 avril de l’an 2019 et pour la troisième fois consécutive, vous avez choisi d’interdire le centre de la ville à la liberté d’expression.

Désormais, ce que l’on nomme du vocable, un tantinet ridicule, « cité interdite » devient un lieu de répression à toutes formes d’expression politique. Au péril de mon porte-monnaie, déjà peu rebondi, j’ai pu avec d’autres artistes le vérifier, le samedi 6 avril dernier.

« La douleur m’a brisé » sans « e » puisque je vous parle du peuple. Celui qui depuis des mois affronte les frimas de l’hiver. Les femmes et les hommes qui ont choisi de se relever, d’exprimer le cri de la dignité humaine en défilant dans les rues d’une ville qui par le passé, a dû subir le couvre-feu, les rafles, toute l’horrible litanie des injustices que crache aux visages des innocents, la bouche immonde des tyrans et de leurs guerres.

« La fraternité m’a relevé » nous dit le poète. Et que chantons-nous dans les rues de Caen depuis des semaines, nous les poètes de ce siècle, que clamons nous d’autre que cette fraternité retrouvée ? Monsieur Joël Bruneau, Maire de Caen, êtes-vous venu seulement une fois constater de vos yeux l’élan de solidarité qui réunit celles et ceux qui ont décidé d’endosser le gilet du refus de la lâcheté et de l’hypocrisie ?

Avez-vous remarqué les forces de police en nombre qui n’interviennent pas pour stopper un « casseur isolé » préférant à la sécurité, le « laisser faire » véritable sésame enclenchant les arrêtés préfectoraux que vous avez souhaiter faire appliquer ?

Nous avez-vous entendu, nous les saltimbanques, encourager par nos chants et nos tambours, les citoyennes et citoyens désirant défendre leurs droits ? Avez-vous aperçu la volonté manifeste et collective d’apaiser par l’art et la discussion la colère légitime de tout un peuple ?

Oui ! Monsieur Joêl Bruneau vous l’avez vu, mais hors réalité, au travers des caméras municipales.

Bien tapi, comme un anonyme, derrière des écrans de contrôle.

Si l’histoire vous avait construit plus brave que poltron, vous seriez descendu dans la rue au devant de vos concitoyens. Ceint de votre écharpe tricolore vous auriez fait face à l’adversité.

Las ! Que vous ne fûtes plus armé de courage au point que la postérité n’ait pu retenir de vous, autre chose que le rôle d’un garde chiourme distribuant aux artistes retors des prunes à 135 euros. Allons, monsieur Bruneau !vous qui eûtes à connaître le dépassement de soi au travers de l’exploit sportif, comment pouvez-vous ainsi passer à côté d’une occasion si grandiose d’entrer dans l’histoire de la ville de Caen ?

Que vous ne fûtes ce premier grand et fier édile municipal qui ouvrit en grandes pompes les portes de l’ancien palais de justice pour en faire la première maison du peuple.

En lieu et place d’une telle bravoure, la matraque, la punition l’impasse historique.

Souhaitons, car tout homme peut changer, que la mémoire d’ici, de la ville de Caen ne retienne pas de vous ce pitoyable exploit : avoir donné l’ordre d’embastiller des musiciens et des poètes.

Je vous souhaite, tout autant, que l’âme de l’illustre François de Malherbe ne vienne hanter les murs de votre bureau, courroucé que pourrait être le grand spectre par de tels actes perpétrés à l’encontre de la Liberté humaine.

« de ma blessure a jaillit un fleuve de liberté ». Vous finirez bien par l’apprendre, monsieur Bruneau, maire de la ville de Caen, la Liberté tout comme l’eau se trouve toujours un passage.

La joie, la détermination, le courage auront raison des remparts que vous tentez de tenir entre le peuple qui choisit d’agir et le troupeau de moutons, heureux élu(e)s de la « cité interdite » que vous ne faîtes qu’autoriser à consommer sans autre forme d’avenir…

*B*VALTER